Le groupe Lingenheld et la société Neustark ont mis en service en Alsace une installation présentée comme la première en France à stocker durablement du dioxyde de carbone dans des mâchefers. Ces résidus minéraux issus de l'incinération sont ensuite préparés pour être valorisés en technique routière et sur des plateformes.
Le site d'Oberschaeffolsheim doit traiter 84 000 tonnes de mâchefers par an et stocker jusqu'à 1 200 tonnes de CO2. L'annonce ouvre une piste intéressante pour les travaux publics, à condition de regarder l'ensemble de la chaîne plutôt qu'un seul chiffre carbone.
Minéraliser plutôt que conserver un gaz
Le principe consiste à mettre du CO2 biogénique capté en contact avec un flux minéral. Le gaz réagit avec certains constituants et forme des carbonates stables. Il n'est donc pas simplement comprimé dans une cuve : il devient lié au granulat.
Le CO2 doit initialement provenir d'un site de captage situé à une trentaine de kilomètres. Cette proximité compte dans le bilan global, car le transport, la préparation du matériau et le fonctionnement de l'installation consomment eux aussi de l'énergie.
Le procédé ne transforme pas automatiquement tout résidu en produit de construction. Les mâchefers doivent être préparés, contrôlés et orientés vers un usage compatible. Comme pour le réemploi local des matériaux, la qualité et la traçabilité déterminent la valeur réelle du flux.
Une capacité à replacer dans son contexte
Les 1 200 tonnes de CO2 annoncées chaque année constituent une capacité industrielle identifiable. Ce volume doit néanmoins être comparé aux émissions du traitement, du transport et de l'ouvrage qui utilisera les granulats. Une évaluation sérieuse distingue le carbone stocké, les émissions évitées et les émissions résiduelles.
Le projet prévoit de valoriser 84 000 tonnes de mâchefers. Cette échelle peut fournir un retour d'expérience utile sur la régularité du matériau, son comportement dans le temps et l'organisation des contrôles. Les résultats réels devront être publiés avec une méthode claire pour éviter de réduire l'opération à une promesse commerciale.
Ce que les entreprises de travaux publics doivent vérifier
Avant d'intégrer un granulat alternatif, le conducteur de travaux doit disposer de sa caractérisation, de son domaine d'emploi et des consignes de mise en œuvre. La granulométrie, la portance, le comportement à l'eau et les exigences environnementales doivent correspondre au projet.
Le cahier des charges précise aussi les contrôles à la livraison, les conditions de stockage et la traçabilité. Un matériau issu de l'économie circulaire ne doit pas être traité avec moins de rigueur qu'un granulat conventionnel. La preuve de performance est précisément ce qui permet de développer sa confiance et ses débouchés.
Notre article sur les index de travaux publics rappelle par ailleurs que le coût d'un chantier routier dépend de plusieurs postes. Un matériau local peut réduire certains transports, mais exige parfois une préparation ou un suivi supplémentaire.
Un exemple de boucle industrielle locale
Le projet associe un flux de CO2 capté à proximité, un résidu minéral déjà produit et une utilisation routière. Cette combinaison limite les distances et cherche à créer une boucle territoriale. Elle est plus crédible qu'un modèle où chaque matière traverse le pays pour afficher un bénéfice théorique.
Pour les petits chantiers, la même logique existe à une autre échelle : identifier les matériaux propres, homogènes et réutilisables, puis les proposer avant qu'ils ne deviennent des déchets mélangés. BRIKER n'assure pas l'évacuation des gravats ; les déchets restent orientés vers les filières autorisées.
L'installation alsacienne mérite donc d'être suivie comme une démonstration industrielle, avec des indicateurs de qualité et de carbone vérifiables. Si ces preuves se confirment, elle pourra contribuer à élargir la palette des matériaux routiers bas carbone sans relâcher les exigences techniques.
Sources : Neustark — partenariat et caractéristiques de l'installation ; Groupe Lingenheld — première installation française ; Le Moniteur, « Matériaux : Lingenheld lance une unité pionnière de stockage de CO2 dans les mâchefers », 23 septembre 2026.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce qu'un mâchefer ?
- C'est un résidu minéral solide issu de l'incinération de déchets non dangereux, qui peut être préparé et valorisé sous conditions dans certains travaux.
- Comment le CO2 est-il stocké ?
- Le procédé met le CO2 en contact avec la fraction minérale afin qu'il se transforme en carbonates stables intégrés au matériau.
- Quelle quantité est annoncée ?
- Les partenaires annoncent jusqu'à 1 200 tonnes de CO2 stockées chaque année pour 84 000 tonnes de mâchefers traitées.
- Le matériau peut-il être utilisé partout ?
- Non. Son emploi dépend de sa caractérisation, des règles techniques et environnementales et du cahier des charges de l'ouvrage.
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